LES BLANCS REPRENNENT LE DESSUS
Les rocs avaient fait un véritable carnage parmi les troupes icariennes. Protégés par les pouvoirs de la toison, les monstrueux oiseaux étaient invulnérables aux flèches. Malgré tous leurs efforts, beaucoup d’homme-oiseaux ne réussirent qu’à se faire tuer. Les rocs avaient en eux une force et une rage qui dépassaient l’entendement. De leurs pattes, solides comme des troncs d’arbres, ils pouvaient attraper et broyer en plein vol des dizaines d’icariens comme s’il s’agissait de fragiles petites libellules. Il leur arrivait de tuer, en un seul coup de bec, trois ou quatre adversaires à la fois. D’une incomparable vitesse en vol, les rocs avaient l’agilité et l’habileté des meilleurs rapaces. Ils étaient les rois du ciel !
— Il faut faire revenir ce qui reste des troupes ! cria Médousa devant la défaite de ses combattants. Ces monstres sont trop puissants pour nous…
Heureusement, le soleil finit de glisser derrière les montagnes, et les rocs durent abandonner le combat. Les gigantesques oiseaux se posèrent lourdement dans le camp de Barthélémy. Comme la plupart des êtres diurnes, il leur était impossible de se diriger dans les ténèbres. Les rocs avaient de grandes facultés, mais ils ne possédaient pas les yeux du hibou ni la capacité d’orientation des pigeons voyageurs.
Quant aux homme-oiseaux de la cité de Pégase, ils retournèrent vite derrière les murs de Berrion où les attendaient des infirmiers.
— Je suis navré, ô ma déesse ! s’excusa l’un des chefs d’escadrille en s’agenouillant devant Médousa. Nous avons tout essayé pour les abattre et nous avons échoué… Des centaines de nos archers sont morts… Je… je suis désolé de vous décevoir ainsi !
— Vous avez été parfaits en tous points, lui assura la gorgone en le relevant. Les créatures que vous venez d’affronter sont protégées par le pouvoir extraordinaire du roi Barthélémy. Sans leur protection magique, vous leur auriez fait mordre la poussière en un clin d’œil !
— Mais… mais qu’arrivera-t-il au lever du soleil ? s’inquiéta-t-il. S’ils bénéficient d’une si puissante protection, nous n’avons aucune chance de les vaincre et nous courons directement au suicide !
— Je sais que nous pouvons les vaincre, le rassura encore Médousa. Je ne sais pas encore comment, mais on trouvera… Allez vous reposer, on dit que la nuit porte conseil.
— Bien, fit l’icarien, nous avons confiance.
Médousa se retourna pour ne pas qu’il voie les deux larmes qui coulaient sur ses joues.
« Ils ont remis leur vie entre mes mains, se dit-elle, et je n’ai pas de solution pour les aider… Je ne saurai pas quoi faire demain lorsque, au lever du soleil, les rocs reviendront à la charge… Si au moins Amos était là !
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